Carnet de route

We Tizi n'Oucheg

Le 14/09/2014 par Julie Chaudier

Le Club Alpin Français offre 40 000DH pour l’assainissement d’un village du Haut Atlas

Le Club Alpin Français a offert 40 000DH, dimanche 14 septembre, à l’association du village de Tizi n’Oucheg, dans le Haut Altas, près de Marrakech, pour construire deux bassins d’assainissement des eaux usées. Le village pourra ainsi renforcer ses capacités d’irrigation dans un contexte de pénurie d’eau.

« Depuis longtemps, nous nous disions que nous devions soutenir les villages que l’on visite lors de nos randonnées. Ne plus seulement les traverser mais également les soutenir », commence Jean-Marie Billard, président du Club Alpin Français de Casablanca. Dimanche 14 septembre, le club, reconnu association d’utilité publique qui réunit randonneurs et sportifs adeptes de l’Atlas marocain, a offert 40 000DH à l’association du village de Tizi’n Oucheg, dans le Haut Atlas, au-dessus de Marrakech, pour mettre en place un système d’assainissement des eaux usées par lagunage.

« Ca fait 10 ans que le village se développe. On a commencé par capter l’eau des sources du plateau du Yagour, puis on a installé des fontaines dans le village, avant de creuser dans les rues pour apporter l’eau courante dans chaque maison et de canaliser les eaux usées », présente Rachid Mandini, président de l’association du village et promoteur principal des projets de développement de son village.

« Rachid avait l’idée de ce projet d’assainissement depuis le début. Il ne savait pas comment s’y prendre même s’il savait que c’était possible. Il lui manquait simplement la technique. Aujourd’hui, les eaux usées sont rejetées en dessous du village sur la falaise ; l’idée c’était d’aller jusqu’au bout », explique Sylvain Cédat, ingénieur agronome à Montpellier, spécialiste de l’irrigation. Ancien membre d’un cabinet de conseil en assainissement à Casablanca, il a fait la connaissance de Rachid Mandini lors de randonnées dans la région. S’il était en mesure d’apporter les conseils nécessaires à la réalisation du projet, manquait un financement de près de 100 000DH.

« Pour obtenir les finances on fonctionne beaucoup par le bouche à oreille. Comme j’ai un gîte, ici et que je suis guide, je rencontre beaucoup de gens et à chaque fois je parle du village. Quand je fais un projet, je fais un plan détaillé que j’envoie à tous mes contacts par mail et les dons arrivent ainsi », raconte le président de l’association. « Jean-Christophe est membre de la section Marrakech du Club Alpin ; il connaît très bien Rachid et nous a amené le projet en février. On a donc discuté avec Rachid. L’homme tient la route ; il nous a inspiré confiance. Tous les autres projets qu’il a mis en œuvre et réalisés prouvent qu’il est efficace et fiable, alors nous avons proposé de financer une partie du projet d’assainissement lors de l’assemblée générale. Il a été adopté à la quasi-unanimité », détaille Jean-Marie Billard.

Dimanche 14 septembre, le village et quelques membres du Caf ont donc entrepris de creuser les bassins de lagunage. « Le premier bassin recueille directement les eaux usées. La matière organique est d’abord consommée par les bactéries. Ensuite, elle s’écoule dans un deuxième bassin où l’on plantera des herbes de type roseaux qui fixent l’azote et le phosphore », explique Sylvain Cédat. Paradoxalement l’enjeu de ce système d’assainissement est peut être autant économique et social qu’il est environnemental.

D’année en année, le village perché sur col manque un peu plus d’eau pour irriguer ses champs de pommes de terre, d’oignons, de luzerne et de maïs qui sont pourtant sa première ressource. « Le village a trois bassins de stockage d’eau issus des sources des environs, dont deux de 15 mètres de profondeurs. S’ils sont tous pleins, on peut irriguer l’ensemble de nos champs sans problème. Aujourd’hui, à la fin de l’été, notre plus grand bassin est rempli à moins de la moitié », estime Rachid Mandini. « Le plateau du Yagour est formé de roches fracturées incapables de retenir les écoulements d’eau très longtemps. Il y a donc pleins de petites sources dans les environs mais aucune nappe phréatique, ce qui les rend très sensibles au climat alors que la période d’enneigement a tendance à se réduire », analyse Sylvain Cédat.

Sur l’ensemble des eaux utilisées par le village seulement 15% environ sont destinées à l’usage domestique et sont donc aujourd’hui perdues pour l’irrigation des champs. Traitées par lagunage, le village « espère récupérer 500 tonnes d’eau chaque mois et s’en servir pour irriguer », estime, optimiste, Rachid Mandini. Cette eau n’ira pas aux champs qui sont aujourd’hui en friche en contrebas du village, mais à d’autres champs reculés derrière le village et aujourd’hui totalement abandonnés faute d’eau.

Il en va de la survie du village et de son épanouissement. « Le développement du village permet aux 600 habitants de rester et à d’autres qui étaient partis parce qu’il n’y avait ni eau, ni éducation, rien, de revenir », assure fièrement Rachid Mandini, car à côté de l’eau courante et de l’assainissement, il ne manque pas de projets : une école primaire, une nouvelle mosquée, un lavoir, un hamam et l’installation de l’irrigation par goutte à goutte.

 « Ce qui se passe ici, n’est pas exceptionnel. Il s’agit du développement normal de n’importe quel village du Maroc. Ce qui est extraordinaire c’est la vitesse à laquelle ça s’est fait. Là où il faut 10 ou 20 ans ailleurs, le village condense en quelques années une grande variété de projets de développement », reconnaît Sylvain Cédat. « Nous voulons faire un village exemple qui montre que tout est possible quand on se bouge. Il ne faut pas toujours attendre après l’Etat. Le Maroc est un grand pays… Pourquoi ce que nous faisons ici ne se ferait pas dans tout le pays ? », interroge Rachid Mandini.

 







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