Carnet de route

Toubkal

Le 17/01/2015 par smail Bousta

La météo n’était pas tout à fait favorable ce week-end. Le samedi nous devions avoir une belle journée, mais le dimanche ça allait se gâter avec quelques précipitations dans l’après-midi et surtout un vent qui allait se renforcer tout au long de la journée pour atteindre 50 à 60km/h en rafales.

Qu’à cela ne tienne, après concertation avec le groupe, nous décidons d’y aller, avec le risque de ne pas pouvoir atteindre le sommet.

Nous voilà donc partis samedi matin, un joyeux groupe, ravi de trouver autant de neige. Espérons que dimanche nous arriverons suffisamment tôt au sommet, avant que le temps ne se couvre, pour profiter de la magnifique vue de l’Atlas enneigé. 

Nous arrivons au refuge sans encombre. Et c’est là que nous faisons la rencontre qui va changer notre week-end. Un chien fou de joie vient à notre rencontre. Il fait des bons pour avancer tellement la neige est épaisse. On se connait ? Il semble dire « Waouu, les gars vous venez d’Imlil ! Wééé, chouette ! Bienvenue, bienvenue !! Vous faites le sommet demain ? Hein dites, vous faites le sommet ? ». Plus tard une jeune Espagnole, tombée raide de dingue du chien l’appellera Toubkal. C’est le nom qui lui va le mieux vous comprendrez pourquoi.

Nous rentrons au refuge. Là nous apprenons que le chien n’appartient à personne, qu’il est venu tout seul d’Imlil le matin même. Mais que lui a-t-il donc pris de venir dans cet endroit glacial ? D’autant plus qu’il allait passer la nuit dehors.

Durant la soirée nous parlons du programme du lendemain et de l’équipement. Anas décide de ne pas aller au-delà du refuge. Il manque un peu d’équipement et vu les conditions, c’est la meilleure décision.

Debout à 4h45, petit déj, habillé, prêt, et c’est parti. Déjà on sent le vent qui se lève. Un groupe de 2 polonais nous devancent de 200 à 300 m. Nous les rattrapons petit à petit. Arrivés à eviron 100m d’eux, je vois deux yeux fluorescents qui dégringolent à toute allure. C’est Toubkal !!! A nouveau fou de joie de nous retrouver… et complètement inconscient du danger de la pente ou du froid ou de quoi que ce soit. « Wééé les gars ! C’est cool, c’est cool ! Vous êtes venus. Ahh je suis content de vous voir ». Nous aussi, mais QU’EST-CE QUE TU FOUS LA !!!

Toubkal est parfaitement dans son élément, il oscille entre nous et les polonais jusqu’à ce que nos deux groupes se rejoignent. Derrière nous des colonnes d’alpinistes se forment et se lancent à l’assaut de la montagne.

La météo se gâte plus rapidement que prévu. Déjà vers 8h le vent est bien fort, peut-être 30 ou 40km/h en rafale. Et ce pauvre chien que j’essaie de renvoyer au refuge n’en fait qu’à sa tête. « Non monsieur, je viens avec vous, pas question de repartir ».

Notre groupe a de plus en plus de mal à avancer, le vent commence à être vraiment  fort et bien que la neige soit bonne, nous sommes prudents et avançons piolet à la main. Toubkal montre quelques petits signes de froid. Quand nous nous arrêtons, il vient se blottir contre nos pieds, mais aussi tôt repartis il se met à gambader voir à se frotter le dos et le ventre contre la neige. 

Iswan le prend dans ses bras et le réchauffe à chaque pause, je lui donne une barre céréale et quelques dattes. Mais t’a mangé quelque chose au moins hier ? T’as bu ? Les Polonais me disent que ce chien est complétement fou de tenter l’ascension, sans ravitaillement, sans eau, sans rien ! En même temps, j’aurais été surpris de le voir arriver avec un sac à dos !

Nous ne sommes plus très loin du sommet. Le vent nous fouette de cristaux de glace, la visibilité commence à être vraiment mauvaise. JC et Iswan tiennent bien le coup, mais ils commencent à avoir des têtes d’homme de Cro-Magnon jeté au milieu de l’antarctique. On a du mal à s’entendre.  Ça commence à être tendu.  Toubkal aussi semble souffrir du froid. Au cours d’une pause il se met en boule et se fait recouvrir par la neige. Je me demande pourquoi il est venu ? Qu’est-ce qui a bien pu lui trotter dans la tête pour venir jusqu’ici et persister malgré le vent et le froid ? En plus, l’expression est bien choisie, il est à poil !

Au début de la dernière arrête, je monte sur un rocher et  je vois le Toubkal entre 2 bourrasques. Il est à 200 ou 300m seulement.  Je me retourne et c’est à peine si je devine le groupe. La visibilité est très mauvaise. Je crains pour notre retour : le vent, la visibilité, la météo qui continue à se dégrader, le risque de chute. Et cette dernière arrête, raide et exposée à toute les intempéries, où nous devrons tracer notre propre chemin ne me dit rien de bon. Tout le monde est d’accord, nous n’irons pas plus loin.

Toubkal est toujours là, heureux comme il n’est pas permis. Il a de la glace sur les poils. A ½ h ou 1h du refuge il nous fausse compagnie et cavale au refuge. Il a l’air de parfaitement savoir ce qu’il fait.

Toubkal a froid, il a aussi probablement faim. Nous lui donnons nos restes de déjeuner et l’Espagnole qui lui donne son nom le réchauffe pendant de longue minutes. Il pousse des petits gémissements, comme pour dire à la fois « j’ai froid » et « merci ».

Mais où est-il passé ? Il n’est plus là au moment où nous prenons le chemin du retour sur Imlil. Il a dû prendre le même chemin aussi.

Tiens le voilà à Sidi Chamharouch. Il sautille de rocher en rocher, a l’air d’apprécier la balade… Il n’a visiblement plus froid. Puis nous le recroisons à nouveau à Imlil, il a l’air bien joyeux peut-être même un peu fier. Nous marchons derrière lui et quand il se retourne et nous regarde du coin de l’œil il semble dire « C’était chouette les gars, à la prochaine ! Vous savez où me trouver. »

Nous sommes tous rester sans voix. Ce chien est monté, tout seul et de son propre chef, d’Imlil le samedi matin, il a fait son ascension, puis il est redescendu. Il est donc venu juste pour ça. Il a fait son programme du week-end, donnant joie et gaieté aux humains qu’il a croisé, et sans rien espérer en retour ! Incroyable, robuste, joyeux, généreux ! Ce chien vient juste de nous donner une belle leçon d’humanité !

Regardez bien les photos de ce récit et rappelez-vous de Toubkal. Si vous le croisez sur le chemin de sa montagne, donnez-lui à manger, faites-lui quelques câlins, faites ce que vous pouvez pour lui. Ce chien va vous étonner, et peut-être même qu’il va vous aussi vous donner une petite leçon à méditer!

 

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