Carnet de route

Mini-trek Tafraoute (du 2016/03/01 au 2016/03/05)

Le 01/03/2016 par Amine L.

Mardi: Tous les chemins mènent à Tafraoute

Notre départ de Casablanca s'est fait tôt car nous avions 600 km à parcourir jusqu'à Tafraoute. Si le trajet sur l'autoroute n'a connu aucun contretemps, il n'en a pas été de même de la dernière étape dans la plaine du Souss. Cartes Michelin et GPS n'ont pas empêché que nos trois voitures aient emprunté trois chemins différents dans le dédale des petites routes de campagne. Nous nous y sommes néanmoins retrouvés car dès que le relief se rehausse et que nous apercevons les femmes vêtues de la "tamelhaft" (haïk noir de la région), nous avons su que nous étions bien dans la bonne direction. En fin d'après-midi, nous arrivons à Tafraoute, nichée dans son cirque granitique de gros rochers arrondis. Notre gîte, juste en dehors de la ville, est une bâtisse traditionnelle en pisé, aux couloirs sombres et aux poutres de plafond assez basses pour que certains d'entre nous en gardent la trace au front ! Il fait déjà nuit et le froid pré-saharien se fait vite sentir mais nous avons le temps de nous réchauffer avec un dîner digne d'un hôtel 4 étoiles, incluant même une salade de fruits pour dessert. Infusions en tout genre, thé ("atay"), tisane ("louisa"), et thym ("azoukenni"), sont servies à volonté, et ce, tout au long de notre séjour.

Mercredi: La vallée des Ammeln

Première journée de marche tant attendue ! Direction: Tagdicht, un village perché à 1237 m d'altitude qui nous servira de base pour l'assaut du Jbel Lkest le lendemain. Pour aujourd'hui, nous avons une quinzaine de kilomètres à parcourir. La journée sera donc longue, mais puisque nous sommes mercredi, le jour du souk à Tafraoute, nous commençons notre trajet par un détour à travers les échoppes du centre. Une fois en dehors de la ville, nous gravissons une première colline et, arrivés en haut, s'étend en face de nous, vers le nord, la vaste vallée des Ammeln qui nous sépare de la crête du Jbel Lkest. Une fois en bas, l'euphorbe et les arganiers cèdent la place à une palmeraie, puis à une oliveraie du nom d'Asguin à l'ombre de laquelle nous nous arrêtons pour déjeuner. Après une courte sieste, nous avons visité un réservoir alimenté par la source de Aïn Tamaloukt à quelques encablures en amont. C'est là qu'un vieux monsieur a eu la gentillesse de nous expliquer à quoi sert une "tanast", cette écuelle en cuivre dont le fond est percé et qu'on laisse couler lentement dans une bassine au fur et à mesure qu'elle prend de l'eau. Nous avons ainsi appris que les cultivateurs d'antan s'en servaient comme horloge afin d'irriguer équitablement leurs vergers à intervalles réguliers. Nous avons ensuite rempli nos bouteilles à la source puis avons commencé à grimper lentement mais sûrement vers Tagdicht en nous retournant de temps en temps pour apercevoir au sud, floutées par une lumière diffuse et légèrement embrumée, les crêtes noires de l'Anti-Atlas, et au delà, devinait-on, celles du Jbel Bani. Heureusement pour les moins athlétiques d'entre nous, la montée vers Tagdicht nous a été facilitée à mi-chemin par une route pavée qui serpente le flanc de la montagne. Nous sommes arrivés à destination en fin d'après-midi. À peine avons-nous déposé nos sacs-à-dos que notre maître-Yogi, Yves, nous improvise une séance de Yoga afin de soulager nos muscles tendus après notre rude journée de marche. Après le dîner, Yves s'est à nouveau retrouvé à nous enseigner, cette fois-ci... l'art du chant ! Nos mélomanes-randonneurs, Bahia, Brahim et Rajae, s'y sont adonnés à cœur joie.

Jeudi: 2375 mètres à pied, ça use les souliers

Jeudi comme dans Jour-J ! Le jour du sommet. Tagdicht était encore à l'ombre quand nous nous sommes mis en marche. Nous avons d'abord traversé le village, qui semblait désert car la plupart des maisons s'avèrent être des résidences secondaires. Plus loin, nous avons aperçu des champs en terrasses, à peine reconnaissables puisque laissés à l'abandon depuis longtemps à cause des changements climatiques. Le mercure monte vite en montagne. Nous nous arrêtions donc de temps à autre pour enlever une couche de vêtement, boire une gorgée, ou ré-appliquer de la crème solaire. Le dénivelé positif était relativement régulier. Notre "peloton" s'étirait de temps à autre, mais notre guide faisait en sorte à ce que tout le monde maintienne un rythme soutenu. « On arrive bientôt ! », « Plus que la moitié du chemin et vous y êtes ! », « C'est juste là, après cette avant-dernière montée ! » lançait-il en guise d'encouragement à ceux qui hésitaient à continuer. L'ascension au domaine des mouflons a duré quatre heures ! Mais notre solidarité CAFiste a bien résisté à l'épreuve. Nous avons atteint le sommet vers midi et demie. Le vent frais des cimes nous a obligé à remettre des vêtements plus chauds: Certaines crevasses ombragées du versant nord abritaient même des fragments de glace. Malgré la brume, nous avons pu apercevoir au loin la chaîne enneigée du Haut Atlas Occidental. Après la pause déjeuner et une sieste bien méritée, nous avons repris le chemin de Tagdicht. Si la descente s'est fait plus rapidement que l'ascension, l'état d'esprit était tout autre car il nous fallait faire attention à chaque pierre sur laquelle nous posions nos pieds. Le jeu des couleurs en la montagne était mémorable: Les mêmes rochers qui semblaient bruns ou rouges le matin ont pris en cette fin d'après-midi des teintes jaunes ou ocres avant de s'assombrir dans la pénombre du soleil couchant. Une fois arrivés à Tagdicht, au détour d'une ruelle menant au gîte, nous avons entendu un chant traditionnel berbère. C'est alors que nous avons découvert une vingtaine de femmes tout de noir vêtues, entrain de célébrer un baptême. Leur chant, accompagné du bendir, et qui semblait resurgir des profondeurs du Maroc, ajouta une touche culturelle inattendue à notre sortie. Quatre de nos citadines randonneuses---Amina, Bahia, Rajae, et Solange---se sont même spontanément jointes à la danse ! Une fois la nuit tombée, notre dîner est servi: Harira et couscous aux légumes.

Vendredi: Festival des Amandiers

Au revoir Tagdicht, re-bonjour Tafraoute... mais par un chemin différent. En effet, une fois redescendus dans la vallée des Ammeln, notre guide a emprunté un parcours plus à l'ouest, d'abord en gravissant une colline puis en redescendant vers le lit d'un oued asséché au relief relativement plat mais à la végétation plus variée qu'en montagne. La faune aussi y est plus riche: On a pu y voir un lièvre décamper à toute allure entre les broussailles et notre guide aurait même aperçu une gazelle et un sanglier. L'endroit s'appelle "Tagdut", du nom d'une espèce de gattiliers recouvrant le lit sablonneux de l'oued qui semblent morts en cette saison mais qui donnent des fleurs bleues en été. C'est là que nous avons déjeuné, près d'un puits et à l'ombre de palmiers et d'oliviers. L'endroit a des allures d'oasis et nous oubliions presque que nous étions en montagne ce matin là. Nous avons ensuite repris notre marche pour finalement rentrer l'air triomphant dans Tafraoute à travers un parc de camping-cars. Ayant retrouvé notre gîte, nous nous sommes débarbouillés, avons dîné, et une fois la nuit tombée, sommes retournés au centre de la ville pour le festival des Amandiers. L'atmosphère était à la fois festive et anachronique: Aux vieilles femmes Soussies emmitouflée dans leurs tamelhaft se mêlaient jeunes hippies hollandais et retraités français. L'ambiance était néanmoins telle que nous n'avons pas pu nous empêcher d'esquisser quelques pas de danse berbère... avec un succès mitigé !

Samedi: Retour

Nous avions commandé notre petit déjeuner pour 8h15 mais c'est à peine si quelques uns d'entre nous réussirent à se lever aussi tôt. C'est pour dire que nous avons bien dormi et que nous avons bien mérité notre repos. Après le petit déjeuner, certains d'entre nous sont allés faire des emplettes à Tafraoute: Babouches, thym, miel, "amlou" et huiles en tout genre ont fait partie des achats. C'est qu'une fois de retour à Casablanca, nous voudrions bien revivre notre randonnée à travers les senteurs et saveurs de l'Anti-Atlas !

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