Carnet de route
Randonnée à Ouirgane (2)
Le 31/01/2026 par Laëtitia Bousquet
Week-end randonnée à Ouirgane – Entre lac retrouvé, crêtes et gorges de l’Atlas
Le dernier week-end de janvier, des membres du Club Alpin Français de Casablanca ont pris la route vers Ouirgane, dans les premiers contreforts de l’Atlas, aux portes du Haut Atlas.
Ouirgane est un lieu à part : posé au bord de son lac, longtemps affaibli par des années de sécheresse, il retrouve aujourd’hui une vitalité réjouissante. Après les pluies de ces derniers mois, le lac est remonté à environ 80 % de sa capacité. Un symbole fort, presque émouvant, qui donne immédiatement à ce paysage une énergie nouvelle.
Arrivée au bord du lac : l’Auberge Le Mouflon Nous nous installons à l’Auberge Le Mouflon, une petite structure chaleureuse située directement au bord du lac. L’accueil est excellent, simple et attentionné. Les chambres sont réparties dans de petits bâtiments pouvant accueillir deux à quatre personnes, organisés autour d’une jolie piscine. L’endroit est calme, serein, propice au repos… et à la convivialité. La salle de restauration, décorée dans un style berbère, offre un espace particulièrement agréable, avec une belle cheminée — un vrai bonheur en cette période de l’année.
Nous arrivons à Ouirgane en quatre voitures, à des heures échelonnées, et nous nous retrouvons au complet : 13 randonneurs du CAF, rejoints par notre guide Ibrahim, qui nous accueille dès notre arrivée. À 20h30, tout le monde est là, et nous partageons un excellent tajine dans la bonne humeur. Les habitués se retrouvent, les nouveaux font rapidement connaissance. Très vite, le groupe trouve sa dynamique : une ambiance simple, joyeuse, rassurante. Car la journée du lendemain s’annonce sérieuse : 20 km et 800 m de dénivelé positif, une randonnée exigeante annoncée par Christian et Karim… mais prometteuse.
Jour 1 : 20 km, 800 m D+ – Crêtes, forêt, gorges et barrage Après une bonne nuit de sommeil (à une température finalement assez clémente malgré la neige et les pluies des jours précédents), nous nous retrouvons autour d’un très bon petit déjeuner. Motivation générale : l’étape est longue, mais les conditions sont idéales. Nous partons à 9h, sacs sur le dos, pique-nique et nécessaire pour tenir la journée.
La randonnée commence par la traversée du village, via un petit sentier entre les maisons, avant de rejoindre une route goudronnée qui nous conduit à l’entrée du domaine du barrage. Nous sommes autorisés à le franchir. Très vite, nous retrouvons un petit sentier étroit, un single agréable sous les sapins. La nature est splendide : le lac est remonté, tout est vert, vivant, lumineux. Les premières petites fleurs apparaissent déjà. Nous avançons d’un pas joyeux le long de la rive droite du lac, puis nous montons progressivement en nous éloignant du barrage. L’ascension est douce dans l’ensemble, mais ponctuée de passages bien inclinés. Ibrahim adapte le rythme, fait des pauses régulières, et veille à ce que chacun trouve sa place. Nous atteignons une première crête : elle nous offre une vue magnifique sur les gorges que l’on devine au loin, de l’autre côté du barrage. On aperçoit aussi l’oued en contrebas, serpentant et alimentant les villages plus loin dans la vallée. L’ascension continue à travers une forêt dense. À un moment, le sentier disparaît : nous marchons hors-trace. Heureusement, Ibrahim connaît parfaitement le terrain et nous guide sans hésitation jusqu’à un second sommet, un vrai, sur des crêtes. Sur une petite butte, nous découvrons les restes d’un mirador en bois — probablement utilisé par des chasseurs. Et là, le spectacle est total : le lac se déploie sous nos yeux, immense, entouré par les montagnes, avec au loin les sommets enneigés du Haut Atlas. Une image saisissante. Ibrahim nous montre également les alentours : les salines du village, certains lieux connus, et même des restaurants réputés, dont le célèbre « le sanglier qui fume »
Après une pause et une petite restauration, nous basculons de l’autre côté pour entamer une longue descente vers un village et l’oued. Le terrain est varié, parfois doux, parfois plus direct, mais l’ensemble se fait bien. L’énergie est là, le groupe reste enjoué et heureux d’avoir déjà franchi près de 500 mètres de dénivelé positif. Nous atteignons l’oued, partiellement à sec, mais encore alimenté. Nous apprenons que le barrage libérera de l’eau le 8 février : nous sommes donc tranquilles. Nous le traversons à deux reprises, d’une rive à l’autre, pour rejoindre le sentier qui nous ramènera vers les gorges et le barrage. Oliviers, village reconstruit et passages éboulés Nous arrivons ensuite dans une culture d’oliviers, en espalier : des arbres rustiques, adaptés à la montagne. C’est la pleine saison de la récolte des olives noires, et nous observons le travail des habitants : des toiles étalées au sol, les branches frappées avec des bâtons, les olives tombant sur les grandes bâches. Un moment très vivant, presque intemporel. On remarque aussi les rigoles creusées autour de chaque olivier pour retenir l’eau : un système simple, intelligent, et impressionnant par son efficacité. Nous traversons ensuite un village en hauteur, à la fois ancien et moderne. Le tremblement de terre d’il y a deux ans a laissé des traces visibles : des murs reconstruits, des maisons consolidées, des parties anciennes conservées, d’autres abandonnées car trop délabrées. Le village tient, résiste, se transforme. C’est aussi la fin des vacances scolaires marocaines : on croise une vie de village encore plus animée que d’habitude.
Nous poursuivons sur un sentier à flanc de montagne, que nous garderons pendant plusieurs kilomètres. Le paysage est splendide… mais le terrain a été abîmé par les pluies de ces deux derniers mois. Trois passages sont devenus plus difficiles à cause d’éboulements. Le premier impressionne un peu, mais se franchit sans danger, prudemment. Ibrahim reste serein : le groupe l’est aussi. Le second passage nous offre une vue spectaculaire : les gorges à gauche, à droite, et en face, le barrage, ses vannes, et toute la puissance de cette infrastructure. Le troisième passage demande plus de temps. Un ami d’Ibrahim nous rejoint et aide à faire tomber les pierres instables pour sécuriser le passage. Une fois l’endroit stabilisé, nous poursuivons. Et soudain, nous y sommes : à quelques mètres du barrage. Il n’est normalement pas ouvert au public. Nous avons donc une opportunité rare : le traverser, l’observer de près, voir la construction de part et d’autre, et mesurer la force de cette œuvre humaine au milieu des montagnes. En sortant du domaine, notre boucle est bouclée.
Nous retrouvons le bitume, puis notre auberge. De retour au Mouflon, un joli feu de cheminée nous attend.
Nous avons tenu : 20 km et 800 m D+. Fatigue, oui, mais surtout satisfaction. En fin de journée, chacun profite de ces instants : assis dans le jardin, autour de la piscine, au soleil, à échanger, à rire, à refaire le parcours. Après une bonne douche, nous nous retrouvons à nouveau au coin du feu pour un deuxième excellent tajine. La soirée ne se prolonge pas trop : la journée a été longue, et le repos est bien mérité.
Jour 2 : 8 km – Une boucle douce et une belle surprise Le lendemain, place à une randonnée plus courte : 8 km, mais tout aussi agréable. Nous montons directement derrière l’auberge, par un sentier de montagne. La montée est assez directe, régulière, demandant un effort constant, mais elle reste accessible. Nous faisons une jolie boucle qui nous ramène vers un temple juif que nous avons la chance de visiter. Les portes s’ouvrent, et nous découvrons un lieu paisible, entouré d’un très joli jardin : rosiers, citronniers, orangers… Une parenthèse inattendue et précieuse. Nous poursuivons ensuite notre descente vers le village d’Ouirgane, en empruntant de petits sentiers qui nous font entrer au cœur de la vie locale, dans l’intimité du village.
De retour à l’auberge, il est déjà temps de reprendre la route. Nous savons qu’elle sera longue.
Mais avant de rejoindre Casablanca, nous nous retrouvons une dernière fois pour un repas à midi, juste avant Marrakech. Un dernier moment ensemble, avant de se séparer.
Ce week-end à Ouirgane restera un très beau souvenir : un lac revivifié, une nature verdoyante, des crêtes, des gorges, une traversée exceptionnelle du barrage, et surtout un groupe soudé, bienveillant, heureux d’être là.
Un week-end de montagne comme on les aime : exigeant, vivant, et profondément ressourçant.





